Allô Leenan Head ? Ici la terre !

Leenan Head est arrivé jeudi soir à Porto Santo, après une navigation quelque peu sportive. Récit vu depuis la terre…ou le pouvoir de l’imagination.

rDSC00680
Leenan Head au mouillage à Porto Santo

Ils ont quitté la Bretagne le 3 octobre, il y a 10 jours, avec la joie, l’énergie et l’élan que la perspective d’un long voyage procure. Nous sommes deux routeurs à terre guettant le SMS satellite des premiers jours avec la position de Leenan Head pour faire un point météo. Désormais notre Zulu est devenu un simple point sur une carte derrière lequel chacun, imaginera -ou tentera d’imaginer- la vie de l’équipage à bord. Pour moi qui passe le plus clair de mon temps embarquée, c’est une première.

48h plus tard un premier message arrive. Apparemment ça a secoué sérieusement, et une bonne partie de l’équipage est clouée dans la banette, subissant le mal de mer. Difficile de lutter contre, il faudra attendre quelques jours pour s’amariner. Vous savez, le fameux : « t’inquiètes pas, ça ira mieux dans deux jours…. ». Ces deux jours là sont parfois trèèèèèèèèèès long. Malgré ça, tout le monde assure avec vaillance son quart. Je regarde régulièrement mon écran d’ordinateur, et matérialise l’avancée du bateau. Apparemment les vents mollissent. Le SMS qui suivra confirme : « encalminés au large du cap Finistere. Tout le monde a retrouvé la forme, le mal de mer a débarqué ». Bon, tant mieux pour l’équipage. Ce sera l’occasion pour eux de se remettre un peu des premières émotions.

Puis 24h plus tard, un autre message : « Au large du Portugal. Besoin d’un point pour savoir si on fait escale à Peniche où si l’on trace sur Madère ». Ah. Bon alors, trouver un moyen d’abord d’accéder à internet, car même à terre il y a de ces zones encore isolées où l’on ne vit pas connecté au cybermonde en permanence, en l’occurence à la montagne. Entre une vache et une brebis je fais un check laborieux avec les moyens de la caravane. Un premier logiciel météo indique que les vents vont fraîchir un peu…20-25 nœuds de travers. J’envoie un SMS : « Nickel, ça risque de brasser un peu mais ça va passer ».
Le soir même, une fois postée derrière un ordinateur moderne et connecté, je fais une vérification plus poussée. J’estime l’avancée du canot, et découvre des prévisions légèrement différentes : le vent est toujours NNW, mais bien plus fort que celui annoncé ce matin, on est plus sur du 30-35 nœuds.
Le doute s’installe depuis mon poste d’observation. Mardi ça risque de secouer. Aïe. Ceux qui n’étaient plus malades vont surement passer un mauvais quart d’heure. J’envoie le SMS sur le téléphone satellite. Mais celui-ci est désormais coupé. Bon, je vais suivre via la carte et mes estimes. Ils devraient arriver mercredi dans la nuit ou jeudi matin. Dimanche soir, lundi, Mardi. On est mardi, la météo n’a pas changé, comment ça va à bord ? Comment vont les moussaillons ? Et si je les avais incité par mon « ça va passer » à se mettre dans une situation délicate ? Allons, allons. Il faut se raisonner. Je sais que le deuxième routeur, très expérimenté et qui nous guide fidèlement depuis des années, aura donné les bonnes instructions. Mais quand même, le doute c’est comme le mal de mer, une fois qu’il est là, tant qu’il n’a pas débarqué, il reste et s’insinue dans votre inconscient, sournoisement.

Mercredi. Pas de nouvelles. Ils ne vont pas tarder. Jeudi matin, non plus. Jeudi 12h, rien. 13h, toujours rien. Ah il faut se raisonner. Et dire que je soumets mes proches plus de la moitié de l’année à cette attente pénible…Désolée !
Le téléphone satellite a dû tombé à l’eau. Ou bien il n’y a plus d’unités. Ou bien il ne capte pas. Ou bien il n’ont pas le temps de l’allumer. Ah si, ils trouveront bien 10 minutes. Pff, c’est quoi cette manie de vivre tout le temps déconnecter !! Et ils pensent à ceux qui se morfondent à terre ? Non mais quel toupet ! A moins que le bateau ne se soit fait attaquer par des pirates ? Une vague scélérate ?

15h23 et toujours rien. Est-ce que je fais ça moi quand je suis en mer ?…Joker. Bon on se raisonne. Et s’ils avaient cassé le bout dehors, démâté, déchiré les voiles ? Faire confiance au capitaine. Il maîtrise, donc tout doit bien se passer. 16H46. Je devrai peut-être commencer à repérer le numéro du CROSS…
16h51. Ah ! mon beau-père m’appelle, je lui demande : « tu as des nouvelles de ton fils ? ». Ben non, bien sûr, pourquoi il en aurait davantage ? « T’inquiètes pas, il va t’appeler dès qu’ils arriveront. C’est normal ». C’est beau la sérénité de l’expérience.

18h12 : mon téléphone sonne. J’ai un message « Pour 20 milles de Porto Santo, on en a bavé mais tout le monde va bien et on a rien cassé ! ».
La délivrance !! Ouf, tout va bien, et non les moussaillons du bord et leur parents ne semblent pas traumatisés. Je les aurai plus tard au téléphone, ko mais ravis. Ils ont eu une houle de travers forte, avec 30-35 nœuds de vent établi sous foc et suédoise. Et de la pluie 48h non stop. « tout le monde a assuré -c’était costaud-fatigués-pas beaucoup dormis-contents d’être à l’abri avant la dépression à venir-quel jour on est au fait ? ».

Bon, il faut bien l’admettre, en mer c’est pas toujours simple. Vous avez déjà essayer d’utiliser votre téléphone portable dans un grand manège, avec l’estomac au bord des lèvres pendant qu’un rigolo vous balance des seaux d’eau de mer sur la tête, et après avoir dormi 2h ? Si oui, chapeau ! Evoquant avec Hervé les milles dangers auxquels il me semble qu’ils ont échappés, je reçois un nouveau message, de vive voix cette fois-ci : « pas de nouvelles, bonnes nouvelles ! ». Et dire que moi aussi j’ai dit ça des dizaines de fois…

Nos marins ont désormais quelques jours d’escale devant eux pour récupérer et profiter de Porto Santo. Ils mettrons le cap vers les Canaries la semaine prochaine…C’est décidé je mettrai le portable à la benne, et je retourne en mer ! Femmes et mères de marins, j’ai une pensée pour vous… !

A suivre

2 commentaires

  1. Chapeau à l’équipage, et bravo à la commentatrice depuis les sommets pyrénéens. amitiés de Cathy qui s’envolera le 8 décembre vers le Guatémala avec sa tribu. Jusqu’à la fin janvier 2017. Et nous suivrons votre périple. Pour votre info, en attendant, le livre de Kumatz est en phase d’impression à Quetzaltenango.

  2. Merci Laeti pour ce compte rendu des aventures des marins en mer, toi la femme de marin à terre( mais la montagne, c’est une terre à part, et elle est belle).
    félicitations aux membres d’équipage vaillants.
    Anne et Franck.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s