Quart de nuit…

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La daurade…
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L’equipage!
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L´arrivee au Cap Vert

 

Leenan Head et son équipage sont arrivés en forme à La Palmeira, petit port de pêche coloré de l’île de Sal, au Cap Vert, apres une petite semaine de navigation. Retour sur une journee de mer comme une autre, au fil du quart.

Il est 2h, je prends tout juste mon quart avec ma coéquipière. En absence de pilote automatique, l’équipage se relaie à la barre de Leenan. Nous avons parcouru deux cents milles depuis les Canaries et filons vers le Cap Vert. Cap 215. Chaque jour nous offre son lot de surprises.

Hier, nous avons pêché notre première daurade coryphène ! Elle s’est débattue avec force au bout de la ligne, son reflet bleu électrique éclairant la surface de l’eau. Il a bien fallu 5 à 10 minutes pour la remonter sur le pont. Là, on a abrégé ses souffrances au plus vite. Un superbe animal : 1m20, une robe jaune fluo parsemée de tâches bleues. Un don de la mer que nous avons apprécié à sa juste valeur : à elle seule, elle a nourri 8 personnes pendant deux jours…

Il est 2h45, nous sommes concentrées pour garder le cap, l’une de nos voiles s’est déchirée en début de soirée : la fortune, cette voile carrée que nous mettons vent arrière et qui complaît Leenan Head dans ses airs de bateau pirate. Un écart de barre, et la voile déjà rapiécée déclare forfait. Pour l’heure on fonctionne avec les voiles classiques : la trinquette, le foc, la grand voile, l’artimon et quand le vent forcit, la suédoise.

Depuis que nous longeons les côtes africaines nous croisons de « nombreux » cargos : 4 à 5 par jour. Impressionnants mastodontes qui filent à toute allure, probablement à 15 ou 20 nœuds…deux fois plus vite que nous. Là aussi il nous faut être vigilants et nous dérouter parfois pour laisser passer ces géants.

Il y a aussi tous ces petits riens qui font que contrairement à ce que l’on pourrait croire, les journées passent très vite.

Faire à manger, par exemple. Pour huit. Pas de quoi en faire un fromage. Pourtant rajouter à ça un bateau qui roule, avec des casseroles qui se font la malle, des plats qui ont la bougeotte aussi et des légumes qui roulent au sol et voilà qui devient plus intéressant. Pour peu qu’à l’arrivée sur le pont (il est conseillé aux estomacs sensibles de manger à l’extérieur), une vague plus nerveuse que les autres titille le flanc du navire et voilà votre bol précieusement gardé jusque-là qui se renverse dans le bac à vaisselle propre…

La vie en mer enseigne la patience…

Se doucher aussi relève de l’exploit acrobatique. La salle d’eau qui à quai pourrait être prise pour un espace glauque et étriqué, se révèle en mer fort pratique. Quatre murs à portée de mains sont les bienvenus sur un support instable….Là on se baisse pour prendre de l’eau, on se cogne en se relevant pour atterrir le fessier sur la cuvette (fermée), et on peut enfin terminer notre toilette. L’équipier en ressort, certes, cabossé, mais propre et un grand sourire aux lèvres, ravi d’avoir mené à bien une telle mission. Pour les moins chanceux qui feraient plus d’1m85, il reste la solution de la douche extérieure avec vue sur mer. Prenez alors un saut, que vous ne manquerez pas d’amarrer pour puiser l’eau salvatrice. Il se renversera probablement une première fois, vous ferez donc cette manipulation une deuxième fois, non sans pousser un ou deux jurons. Là, un autre équipier pourra vous aidez et vous verser l’eau sur la tête. Votre gel douche écologique aura pendant ce temps-là fait trois tours sur le pont, et avec un peu de chance, ne sera pas passer par-dessus bord. Ouf ! Shampouinage, rinçage, et ça y est, vous voilà tout beau tout propre.

Il est 3h30 et je souris en pensant à ces p’tites choses du quotidien qui ici prennent une toute autre dimension. Aujourd’hui des dauphins nous ont de nouveau régalés de leur incessant ballet à l’étrave. En quelques secondes, tout le monde était sur le pont.

Pour certains équipiers qui nous ont rejoint aux Canaries, c’était une première. Ils avaient des étoiles dans les yeux, émerveillés comme des gamins.

Dans ces moments, on se dit que cette vie c’est aussi le luxe de se laisser envahir par l’instant présent. Et si chacun de ceux et celles qui passent à bord perçoivent ne serait-ce que pour quelques semaines cette sensation, alors, ils repartiront riche de cette émotion…

Il est 5H, nous passons le relais aux deux suivants, nous restons encore un peu près de cette barre où nous avons pourtant déjà passé des heures. Fascinés par le spectacle de la houle du large.

5 commentaires

  1. Un de ces jours, j’espère bien pouvoir me joindre à vous….j’ai déjà fait cette route, si durs soient la mer et le vent, elle est exceptionnelle !

  2. ¡ Una dorada, no es posible !
    Et avec quel appat, le vieux qui a marché dans le temps, ou un neuf ?

    Henri, un equipier qui a fait Douarnenez – Canaries en essayant de pêcher ….

  3. Merci de partager ces beaux moments ! Toujours avec une belle plume, reconnaissable entre toutes … Une bonne troupe qui part traverser l’immensité bleue, vivre l’intensité et respirer l’air pur, bon vent petit bateau …

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